Ateliers d’écriture

Dans le cadre de la résidence d’écrivain d’automne, Ousmane Diarra a pu animer plusieurs stages d’écritures : deux en milieu scolaire et un lors d’un stage d’un week-end d’écriture et de lecture à voix haute.
Voici quelques textes écrits pendant ces stages. Bonne lecture !

Stage du 7/8 novembre sur la thématique du Fantôme :

# L’AUTRE MONDE

Louis, depuis sa mort en juillet 1789, errait dans les limbes parmi les ombres. Des milliards d’ombres, il traversait lentement les brumes, et s’emmerdait beaucoup, comme tous les ectoplasmes.

Jamais, il n’aurait imaginé, au temps de sa vie sur terre, que l’au-delà ressemblerait à ça.

Chaque jour, mais peut-on parler de jour dans l’éternité, il déambulait indéfiniment, le regard vide et dénué de toute trace d’émotion, trainant un immortel ennui dans le silence absolu, à l’exception du souffle ténu émis lors du contact avec un autre esprit, histoire de dire que l’au-delà est quand même un tantinet guilleret.

Normal quoi, normal pour la vie dans l’au-delà.

Quand un mardi, ou peut-être un jeudi, c’est sans  importance au pays de Thanatos, il entendit une petite mélodie et pour la première fois depuis le 14 juillet 1789, comme autrefois face aux sans-culottes, il eut peur. Mais en bon fantôme qu’il était, la raison l’emporta.  Il chercha donc l’origine de ces notes quasiment célestes.

Au fur et à mesure, la musique se transformait en chanson, oui, quelqu’un chantait : « Alexandrie… Alexandra… Rhaaah !

Ça commençait à être désagréable. Il lui fallait absolument découvrir l’origine de ce phénomène, qu’apparemment il était le seul à entendre.

Alexandrie… Alexandra… Rhaaah ! Il découvrit que le son émanait d’un petit objet rectangulaire, noir et brillant orné d’un carré lumineux.

Terrorisé à l’idée que cet objet puisse venir de ceux d’en bas, les vivants, qu’allait-il se passer s’il s’en emparait ?

En effet, il savait qu’il ne devait, ni ne pouvait y avoir de contact entre les deux mondes !

La curiosité l’emportant, il le prit, le colla contre ce qui fut son oreille et entendit distinctement une voix féminine : « Louis, c’est toi ? C’est Marie-Antoinette, t’es où ? » Biiiiiip ! Sur le carré de lumière il lut : fin de batterie. Instinctivement, il relâcha brusquement l’objet, qui disparut à travers les nuages, de retour vers la terre.

Qui pouvait bien être cette Marie-Antoinette ?

Les spectres n’ayant aucune mémoire, samedi, il avait tout oublié.

Michèle Perbet

Bivouac Attaque
Je suis épuisé, mais je ne me rendors pas. Je ne me rendors pas. Mon corps me
jette à la figure tous les signaux de fatigue dont il dispose, il me bombarde le
cerveau d’hormones somnifères, il me déclare carrément la guerre mais moi, je ne
me rendors pas.
Je ne me rendors pas, car je sais qu’il est là.
Je le sais car je l’entends.
Dans la tente à côté de la mienne, j’entends l’ample respiration de Thomas, il dort
comme un nouveau-né. Quelle chance. Et en même temps quel danger il court. Il ne
sait pas qu’il est là.
Moi je sais, je l’entends bouger.
Je voudrais réveiller Thomas, lui dire qu’on doit tout plier et s’en aller fissa mais
je n’ose pas. Une longue journée de marche l’a éreinté, nous avons eu du mal a
trouver un endroit propice au bivouac et c’est à la lumière vacillante de nos lampes
frontales que nous avons monté notre camp pour la nuit, en plein coeur de cette
forêt vallonnée. Nous nous sommes un peu écarté de notre itinéraire pour trouver
un replat dans les sous-bois. Le chemin n’est pas loin mais il est hors de vue. Nous
sommes hors de vue, cachés au milieu des arbres.
Les bois auront cet avantage de nous préserver de la rosée du matin et nous
maintiendront au sec, mais ils regorgent de bêtes, de bruits et d’esprits : nous ne
sommes pas seuls. Nous ne sommes pas chez nous. Et Thomas ne s’en rend pas
compte, Thomas dort.
Moi aussi je dormais. Profondément même. Les kilomètres parcourus, les mètres
montées, les mètres descendus, les coups répétés du soleil de juillet, un dîner un
peu trop vite avalé, la nuit noire qui nous a rapidement enveloppés, le silence et
puis la position horizontale, tout ceci ramassé en un direct du gauche qui m’a mis
K.O. Je dormais donc. Sans rêve. Comme une souche. Mais je me suis réveillé. Ou
plutôt : un bruit ma réveillé.
Un bruit dans les feuilles mortes qui bordent ma  »tente une place ». Des feuilles
qui bougent, qui craquent : on marche près de ma tente. On marche ! Pas des pas
lourds, pas un sanglier, pas un chevreuil, je connais leurs pas. Pas un hommes, ou
alors un homme plein de précaution et léger, trop léger, non pas un homme.
Respiration bloquée pour mieux entendre, coup de bol pas de vent dans les arbres :
silence complet, j’écoute. Je ferme les yeux pour mieux entendre encore. Ça vient de
recommencer, craquement de feuilles, ça bouge, c’est tout près ! Ça sait que je me
suis réveillé, ça bouge tout doux, tout lentement. Mais ça bouge. Oh bordel ça
bouge, et tout près de ma tente ! Thomas dort, il dort dort dort, je suis le seul à avoir
entendu.
Je respire, je me calme, allez calme-toi calme-toi, je lance à voix basse un faible
« Tom ? ». Craquement de feuilles. « Tom, tu dors ? » (Eh merde, la question la plus
con du monde). Craquement de feuilles. Respiration de nouveau bloquée, ouïe
tendue, comme pour mieux réentendre ce que j’ai déjà eu peur d’avoir entendu. Et
ça ne manque pas : craquement de feuilles.
Expiration, inspiration, fermeture éclair, sortie du sac de couchage, ça caille,
frontale, fermeture éclair de la tente, grande inspiration et ma tête dehors. Ma
lampe balaie partout, frénésie de lumière : rien. Je recommence l’opération :
toujours rien.
Sens inverse, fermeture de la tente, retour dans mon sac de couchage, c’est chaud,
position allongée, c’est malin je suis essoufflé. Ma tente est de plus en plus petite, et
Tom dort toujours.
Je suis seul.
Silence.
Aucun bruit à part celui de mon coeur.
Boum boum. J’essaie de me rendormir. Rien dehors, calme-toi, t’as bien vu y a
rien, alors rendors-toi. Allez, une chanson douce, que me chantait ma maman…
Boum boum. Allez, fais pas le gamin. Boum boum. Tu parles d’un aventurier ! Boum
boum. Je respire, je ferme les yeux. Silence, grand silence. Pus craquement de
feuilles. Respiration bloquée : re-craquement de feuilles, cette fois-ci c’est sûr, c’est
juste à côté de ma tête, ça m’a localisé. Je me redresse, mal aux abdos, je me fige.
Oh merde c’est pas vrai, je vais quand même pas me faire zigouiller ici alors que ce
salaud de Tom ronfle à côté ? « Un jeune homme retrouvé zigouillé dans les
Pyrénées par un être inconnu alors que son compagnon de randonnée n’a rien
entendu. Aucune trace de lutte, seul un petit trou est visible sur la nuque de la
victime. » C’est un aiguillon les gars, c’est un aiguillon qui va me tuer ! Je le vois
maintenant, mon esprit le dessine. Une sorte d’être inconnu, tout fin tout noir,
longues longues fines pattes et petits pieds. Léger comme une ombre, agile et lent
comme un fantôme, des bras comme des aiguilles. Il rôde, ses longues longues
pattes se soulèvent, des feuilles bougent et craquent, il a localisé ma boîte
crânienne. Oh merde merde, quelle merde ! Tom ne craint rien en fait, c’est moi que
l’être a choisi pour proie. Putain mais pourquoi moi ?
Bon, quelle heure est-il ? 3h30. Ok, trois heures avant que le soleil ne dissipe la
nuit. C’est long, je ne tiendrai jamais, je suis à cran.
Je prends mon sac à dos et le met sur ma tête, ça me protégera du dard de l’être
aux longues longues jambes. J’ai bien essayé de prendre ma popote en titane mais
elle est trop petite pour me servir de casque. Grandes respirations un peu forcées,
calme-toi calme-toi, respire, respire bon dieu, oh merde j’ai trop chaud sous ce sac
pourri !
Je retente une sortie. Petite fermeture éclair, grande fermeture éclair, froid,
faisceau de lumière, rien.
Il est doué, il est malin, je suis foutu.
7h. Je vois Tom bouger dans sa tente, je ne suis plus seul. Déjà une heure que les
premières lueurs sont là et que je suis assis devant nos tentes, les yeux bouffis, le
corps coincé, les jambes raides, j’en suis à mon quatrième bol de thé. Je suis vivant.
Un peu honteux de mes terreurs nocturnes mais fier d’avoir survécu. Tom sort de sa
tente puis s’éloigne un peu.
Je baille à m’en décrocher la mâchoire, des larmes coulent de mes yeux : j’ai fière
allure. Mais j’ai survécu. Je souris. Et là : craquement de feuilles. Sur ma droite. Le
même bruit. Aussitôt je tourne les yeux. Et je vois un petit scarabée tout noir se
baladant entre les feuilles mortes. Ma mâchoire tombe sur mes genoux, mes yeux
s’arrondissent et sortent de leurs orbites, je me sens rougir.
Tom revient et me lance : « Salut mec, bien dormi ? ». Je prends ma mâchoire
dans une main et la remonte au niveau de ma bouche puis je réponds « Ouais super,
et toi ? ».

Chauve qui peut !

C’est l’été. Annie est en vacances chez sa grand-mère.

C’est une TRES grande maison.

 Il y a le bas avec la TRES grande cuisine et l’office. Il y fait toujours un peu froid et humide. Puis il y a la salle à manger et la galerie et le salon et la bibliothèque. C’est grand.

A l’étage, il y a vingt chambres avec leur cabinet de toilette, des lavabos et des bidets mais pas de baignoire sauf dans la chambre de ma grand-mère. Il fait toujours froid.

Le soir, on se lave très vite dans une bassine et on se couche encore plus vite.

Mais avant, il faut aller aux toilettes et c’est alors que l’aventure commence. Comme tous les soirs, il faut traverser un immense couloir. Annie s’engage sur le seuil de la porte. En face, elle voit des tentures en tissu sombre. Elle sait que derrière, un escalier conduit au grenier. Sa grand-mère l’y a emmené  une seule fois pour lui montrer des robes merveilleuses conservées dans des grands coffres.

Tout à coup, un glissement rapide comme un souffle d’air apparait en haut du rideau … puis disparaît.

Annie sursaute. Qu’est-ce que … ? Annie recule d’un pas, elle attend, le cœur battant. Rien ne se produit. A-t-elle eu une vision ? Elle prend son courage à deux mains et refait un pas en avant, puis glisse un deuxième pied en évitant de faire du bruit. Rien, rien ne se produit. Elle tape du pied, puis saute. Toujours rien.  Elle est vraiment bête. Déjà elle ne croit plus au Père Noël, alors croire aux fantômes, ce n’est plus de son âge…

 Donc, bravement elle prend la direction du couloir. Elle est au milieu du couloir. Elle ne s’arrête pas. Elle approche du but. C’est alors que quelque chose frôle sa chevelure. Elle pousse un cri et porte sa main sur le dessus de sa tête. Mais non, il n’y a rien. Elle a encore rêvé. Décidément, ce couloir est interminable. Elle se met à courir mais c’est alors qu’un deuxième frôlement, puis un troisième  se produisent. Elle lève les yeux et voit passer un éclair, puis deux. Elle hurle cette fois-ci et fonce sur la porte des toilettes, l’ouvre et s’enferme. Elle reste debout, inerte, laissant les battements de son cœur et sa respiration s’apaiser.

Au moment de sortir, elle  lève incidemment les yeux et c’est alors qu’elle aperçoit, pendant du plafond, d’adorables petites têtes, ressemblant à celles d’un chat, qui l’observent sans bouger. Annie aime beaucoup les chats, elle n’en a pas peur. Aussi n’est-elle pas inquiète même s’ils se trouvent en position inhabituelle. Elle entrouvre doucement la porte, jette un œil et s’apprête à sortir lorsque derrière elle se fait un mouvement rapide, un éclair frôle ses cheveux. Annie retient un cri, se retourne et lève les yeux. Les petites têtes de chat ont disparu.

Annie dort d’un sommeil très agité cette nuit-là. Elle joue à « chat pendu » avec ses copines sans jamais parvenir à se remettre sur pied. Le lendemain, elle raconte son histoire à sa maman.

-« Mais ce sont des chauve-souris ! Ne crains rien, elles habitent là toute l’année et gardent l’étage de la maison ! »

Monique Martin

LE VOYAGE D’HONORE

Ibou est heureux. Grand, fin, de grands yeux pétillants, habillé d’un jean et d’un tee-shirt rouge, il se prépare. Son petit appartement de la rue Quincampoix resplendit. Il l’a fait propre, il l’a fait beau, car il va accueillir pour la première fois, son grand-père Honoré, épicier dans son village au Mali.

Ibou lui, a quitté son village pour faire ses études à Paris.

Honoré monte pour la première fois, dans cette espèce d’oiseau en métal. Il ne dit rien, il a des gouttes de sueur, ses mains tremblent.

« Je ne sais même pas qui conduit cet engin ! » Une seule pensée :  » Je vais voir mon petit fils ! »

Arrivé sur le sol français, il fait froid.

Retrouvailles, embrassades.

Ibou fait rentrer son grand-père chez lui. Un thé, des nouvelles de la famille, des rires, des larmes. Ibou doit partir travailler.

« Repose-toi grand-père, je reviens dans quelques heures et nous irons manger au restaurant. Tiens, je te laisse un téléphone portable au cas où, tu peux m’appeler ».

Honoré s’allonge sur le canapé d’Ibou. Il commence à fermer les yeux. Il est extrêmement fatigué. D’un coup, un bruit énorme le réveille. Puis un bruit d’eau. Honoré d’abord, se dit que ce sont les voisins. Mais les bruits se précisent. Des voix, derrière la porte de la chambre d’Ibou. Honoré se tétanise.

« Comment est-ce possible ?! »

Il est dix neuf heures, c’est la pleine lune, une lueur transperce la fenêtre. Les bruits continuent.

Une femme hurle. Il entend :

« Si tu bouges un doigt, tu es mort, où est ta valise ? »

Honoré ne sais que répondre…

« Accouche ! tu l’a planqué où ? »

« Je ne l’ai pas planqué ! » s’exclame Honoré, complètement apeuré.

Très vite son cerveau ne fait qu’un tour.

  »Il n’y a personne dans cet appartement. A qui est cette voix ? Un fantôme ? Non, je n’y crois pas ! »

Un gong retentit. Il sursaute ! La voix reprend :

« Je suis une plante, je n’ai pas de racine, je suis jaune, je suis… Je suis…  Je suis … ? »

Honoré panique « je, je, je sais pas !… Au Mali il n’y a pas de plantes… sans racine ! Que voulez-vous ? »

D’un coup, il pense au téléphone d’Ibou. Il se jette dessus, il essaie d’appeler son petit fils, tant bien que mal : il n’arrive pas à appuyer sur les touches tellement il tremble de peur.

Au moment où Ibou décroche, la porte de la chambre s’ouvre. Honoré lâche le téléphone, qui se casse par terre.

La bouche ouverte, le regard terrorisé, il entend :

« Oh ! Bonsoir, je suis Léopold, le colocataire d’Ibou. Vous dormiez tellement bien tout à l’heure, j’espère que je vous ai pas réveillé ! »

Ibou avait juste oublié d’avertir son grand-père, qu’il partageait son appartement avec un colocataire et qu’il rentrerait.

Léopold avait pris une douche et en attendant, s’était allumé la télé en zappant d’une chaîne à l’autre, en s’arrêtant sur Questions pour un champion.

Honoré avait passé une sacré journée, les émotions, la fatigue et le décalage horaire aidant, tout cela avait eu raison…, de sa raison !

Oui, les fantômes ça n’existent pas !

Il y a toujours un homme derrière un bruit !

Valérie Sardo

La Vieille dans le lustre

C’est Noël. Ce soir ma petite fille EDEN, âgée de 5 ans, avant d’aller se coucher, lève la tête vers le lustre de la salle à manger et s’exclame bien fort : « Bonsoir grand’mère ! »

Etonnée je lui demande à qui elle parle : « mais à la grand’mère qui est assise dans ton lustre ! »

Alors son petit frère de 2 ans s’écrie à son tour : « au revoir grand’mère ! » et il lui envoie un bisou

Là, je suis plus qu’intriguée et je lève la tête. Dans le lustre, personne, bien entendu, mais je me souviens alors qu’au début de notre vie dans cette très ancienne maison, j’avais souvent l’impression qu’en franchissant une porte, justement la porte de la salle à manger, quelqu’un voulait passer en même temps que moi…une ombre…un frôlement…un courant d’air…un fantôme… mais je n’y crois pas.

L’année passe et revient Noël et encore une fois Eden salue cette « grand’mère » avant d’aller au lit. Elle lui fait un signe de la main. Là, c’est trop pour moi et je m’écrie : « mais il n’y a personne dans ce lustre ! » « mais si, mamy, tu ne la vois pas ? Elle est pourtant assez grosse et puis elle est bien installée »

Non, je ne vois rien mais je commence à penser que seuls les enfants doivent l’apercevoir lorsque mes autres petits me disent la voir également…

Quelques mois plus tard, je raconte cette histoire à l’ancien propriétaire de notre maison et j’ai enfin un début de piste.

« oui, c’est vrai, me dit-il, une très vieille femme est tombée morte juste là devant la porte de la salle à manger et sa mort brutale a enfin permis à mes parents d’habiter dans cette maison qu’ils avaient achetée en viager à cette vieille personne »

Bien sûr c’est l’explication…mais  les fantômes  moi je n’y crois pas mais alors pas du tout

Comment faire pour que tout rentre dans l’ordre ?

Et bien je n’ai rien fait et tous les ans à Noël, je salue moi aussi,  même si je ne la vois pas , cette grand’mère un peu encombrante mais pas méchante qui habite visiblement dans le lustre, en priant pour qu’elle aille ailleurs !

Marie Cécile

Loup y es-tu ?

Tom habite dans une maison bien grande pour un petit garçon de 5 ans. Cela ne l’empêche pas d’occuper tout l’espace. Il aime courir d’une pièce à l’autre, tourner avec son vélo sans s’arrêter entre les deux portes du salon. Il y a beaucoup d’endroits où se cacher, son grand plaisir est d’attendre que l’un de ses parents le retrouve. Il connait tous les recoins de la maison. Tous sauf la cave et le grenier.

Ces lieux sombres effrayent son imagination d’enfant. Il y voit vivre toutes sortes de monstres et animaux féroces. La cave ne pose pas trop de problème, personne ne lui demande d’y aller. Par contre le grenier c’est une autre affaire !

Tous les soirs quand il monte se coucher dans sa chambre, il a toujours un regard vers la porte qui mène au grenier. Particulièrement lorsque ses parents sont occupés et ne peuvent le rejoindre que plus tard pour l’embrasser. Il monte alors les marches de l’escalier à pas de loup pour entendre le moindre bruit indiquant si la porte du grenier s’ouvre. Arrivé sur le palier, il se met à détaler pour se cacher au plus vite sous  ses draps, allume sa lampe de chevet et attend fébrilement ses parents en se réfugiant dans ses albums.

Mais surtout pas d’histoire avec un loup, il ne veut plus entendre parler de cette bête féroce depuis qu’il a reconnu ses pas sur le plafond de sa chambre lorsqu’il lui arrive de se réveiller en pleine nuit. Ses parents ont beau lui dire que c’est le bois qui craque, il ne les croit pas. Heureusement au matin toutes ces terreurs nocturnes se dissipent.

Deux ans plus tard lorsqu’il apprend qu’il va déménager, il est triste mais à la fois soulagé de quitter cette grande maison pour un appartement en ville. Au moins il n’y aura plus de grenier !

Le jour du déménagement, il prend son courage à deux mains pour suivre les déménageurs jusqu’à la tanière du loup. Escortés de ces grands gaillards il ne risque rien et la curiosité est la plus forte. Plus il monte les escaliers plus il aperçoit un nombre inimaginable de meubles, de bibelots entassés les uns à côté des autres.  Il n’y a aucune place pour un loup si maigre et affamé soit-il, dans un tel capharnaüm !

Muriel

Marie-Noëlle et Sophia

C’était l’été, quelque part en Ile-de-France, dans une de ces banlieues sans âme, un de ces no-mans land qui n’est ni la ville, ni la campagne, peuplé de friches industrielles, de terrains abandonnés aux ronces et aux dépôts sauvages séparés par des voies express empruntées par des habitants pressés de gagner une zone plus vivante.

C’est dans cette banlieue que vit Marie-Noëlle, dans un pavillon assez coquet, semblable à tous ceux qui l’entourent. Elle y est seule pour quelques jours, ses deux filles et son compagnon profitent de leurs vacances tandis qu’elle est retenue par quelques activités professionnelles à terminer.

Justement, ce jour là, elle doit se rendre à Paris pour quelques courses. Comme à l’accoutumée, elle se met au volant de sa petite voiture et emprunte l’une des voies express qui strient la région. Celle-ci est en travaux, l’une des voies est neutralisée et il n’en reste qu’une à disposition des automobilistes. Les voitures s’y précipitent sans aucun égard pour la signalisation qui leur enjoint de ralentir. Les conducteurs foncent en rasant les plots de protection du chantier.

Au milieu de ce chaos mécanique et tonitruant se tient une jeune fille, debout entre deux barrières de sécurité, tout au bord de la voie rapide où se ruent les automobilistes. Elle tient à la main un cabas gonflé de quelques menus objets, vêtements, sans doute son seul trésor. Et elle l’agite vers les conducteurs dabs l’espoir que l’un d’entre eux s’arrête.

En réponse, elle ne reçoit que des coups de klaxon rageurs. Elle est très jeune, elle semble originaire d’Afrique de Nord ou d’Ethiopie. Sa peau est très brune et ses cheveux longs, lisses et noirs de jais. Elle lève obstinément son cabas en direction du flot des voitures, dans un geste lent et confiant, totalement dépourvue d’impatience, parfaitement indifférente au fracas qui l’entoure et inconsciente du danger dans lequel elle se trouve.

 C’est là qu’arrive Marie-Noëlle, au volant de sa petite citadine. Elle remarque au loin la silhouette qui répète inlassablement son geste à l’adresse des automobilistes hostiles. Elle perçoit tout de suite le risque que court la jeune fille frôlée par la circulation ininterrompue. Dans un réflexe, elle ralentit et arrête la voiture à sa hauteur.

 La jeune fille se penche vers la fenêtre, elle ne parle pas un mot de français, mais elle tient à s’expliquer aussi posément que lui permet son anglais approximatif. Derrière, les automobilistes immobilisés manifestent vigoureusement leur impatience et les coups de klaxons redoublent. Devant l’urgence de la situation, Marie-Noëlle coupe court à tout débat, fait monter la jeune fille à côté d’elle et reprend la route.

 Dans la voiture, la communication est difficile. Par bribes, Marie-Noëlle comprend que sa passagère se nomme Sophia et qu’elle souhaite aller à Lyon, mais sans être certaine qu’il s’agisse de la ville ou de la gare de Lyon à Paris.

Yves

Vous avez dit FANTOMES ?

A- Les fantômes ? Mais je n’y crois pas !

B – Es-tu sûr que tu n’y crois pas ?

A – Absolument sûr…

B – Vraiment ?

A – Vraiment…

B – Tu es sûr ?

A – Je suis sûr…

B – Vraiment ?

A – Oui, vraiment…

La voix de A se met à trembler. B poursuit le récit.

B – Je  perçus un léger changement dans sa physionomie. Il me semblait instable. Comme une agitation de l’intérieur. Bizarrement il se mit à  regarder derrière lui par moments d’un bref mouvement de la tête. Puis il tentait de reprendre son air assuré.

Je décidais de pousser un peu le jeu.

B – je vais te raconter une histoire, lui dis-je.

A – Oh ! Une histoire ? Mais j’en ai plein dans la tête des histoires… Ce n’est pas la peine.

B – Tu as peur ?

A – Non. Pas du tout.

B – Ce n’est pas une histoire de fantôme, je t’assure.

A – Bon. Si tu le dis…

***
B entreprend le récit

B – Ma grand-mère qui était très pieuse dût s’exiler. Partir loin de chez elle dans un pays qu’elle ne connaissait pas. Elle en ignorait presque tout. Tout lui paraissait étrange alors que chez elle tout lui était familier.

Au petit jour, les animaux dont elle entendait les cris s’éveillaient, s’ébrouaient avec des grognements. Les oiseaux pépiaient. Les voisins étaient là avec qui elle pouvait parler :

- Bonjour ma commère, avez-vous bien dormi ?

- Comme un ange répondait ma grand-mère.

Mais ici, dans ce pays étrange où personne ne vous parlait mais où on vous regardait, vous dévisageait même sans rien vous dire, tout lui paraissait mystérieux, incompréhensible. Alors, quand la nuit venait, elle ne pouvait s’endormir sans disposer devant portes et fenêtres des chaises, des tabourets et autres guéridons… Enfin toutes sortes d’objets que – si cela advenait – un intrus, voire un fantôme aurait été obligé de bousculer en pénétrant dans sa maison, signalant ainsi son intrusion.

A – Mais tu m’avais dit que ce n’était pas une histoire de fantômes…

B – C’est l’histoire de ma grand-mère, pas une histoire de fantômes. Et d’ailleurs, pour se mettre sous la protections des esprits…

A – Tu vois, tu parles des esprits…

B – …elle n’allait pas se coucher avant d’avoir récité plusieurs « Ave »,  « Pater noster » et toutes les prières qu’elle avait apprises. Puis elle vérifiait encore que son dispositif de chaises et d’objets divers était bien installé et elle se mettait au lit. C’est alors qu’une fois…

A – Non ! Ne me raconte pas…

B – C’est alors qu’une fois, ayant soupé d’un très bon repas, richement cuisiné, elle s’endormit sans réciter ses prières. Le dîner avait été tellement savoureux et généreux que le sommeil la prit au dépourvu. Sans même mettre sa chemise de nuit, elle s’était allongée à demi-nue, tant il faisait chaud et s’était endormie sans plus s’en rendre compte.

A – Et alors ?

B – Le vent s’était levé mais la chaleur était telle que la brise lui passant sur le corps lui apportait une sensation de douce fraîcheur comme une caresse d’un plaisir inouï. Elle s’abandonna au plaisir. Rien ne lui était apparu plus délicieux depuis longtemps… Si longtemps.

A – Et alors ?

B – C’est alors qu’un grincement répété commença à troubler son sommeil. Elle se retournait dans son lit à la recherche du plaisir qui fuyait puis retombait dans un sommeil agité.

Brusquement un fracas de bruits dans la pièce attenante l’obligea à se réveiller tout à fait. Immédiatement, la pensée lui vint que n’ayant pas dit ses prières, elle n’était plus protégée des esprits ou des voleurs ou des … Tapie au fond de son lit, elle n’osait bouger. Le plaisir était maintenant remplacé par l’angoisse et la peur, par la culpabilité aussi peut-être… Comment avait-elle pu oublier ses prières ?

A – C’est un fantôme ?

B – Attends un peu.  Il faisait presque jour… C’est un homme pensa-t-elle. .. Ce voisin qui est si bizarre.

Elle entendit sonner les cloches de l’église toute proche… Quatre… Cinq… Cinq heures déjà. Une porte claqua violemment au fond du couloir. Elle poussa un cri déchirant. « Au secours ! Au secours ! »

Tremblant des pieds à la tête, elle se précipita pour se réfugier dans la pièce voisine. L’amas de chaises et de meubles divers placé devant la fenêtre s’était écroulé sous le souffle d’un vent violent. Les rideaux blancs tourbillonnaient d’un côté à l’autre… Elle vit une forme trapue qui s’enfuyait par le jardin…

A – Un fantôme ?

B – Les draps suspendus au fil à linge, gonflés par le vent s’agitaient en tous sens. Elle entendit sonner l’Angélus… « Ave Maria sanctissima… » prononça-elle d’un ton précipité. En sueur et tremblante elle vint se remettre au lit mais la douce sensation de plaisir ne revint pas.

Laurence

Le fantôme du presbytère

2 Rue de la Fourbisserie, Neuvy-le-Roi !

Tu me suis, mon cher Jean-Michel ? Je sais que tu ne me croiras pas mais c’est la vérité. Et cela s’est passé à Neuvy-le-Roi, où mon papi, il a séjourné pendant trois mois, voire un peu plus parce que ce n’est pas sûr que même une fois de retour au Mali, il ne  va pas passer des mois à être habité par ce village de la « Touraine sereine », comme on dit là-bas.

Voilà donc. Cela dépend de quel côté tu y entres, à Neuvy-le-Roi, bien entendu. D’après Papi, c’est un peu comme Bazana, son village natal, au Mali, ou plutôt Folongo, un hameau sorti des entrailles de son Bazana .

Donc,   très peu d’habitants, et pourtant, plusieurs entrées. Comme si chaque habitant voulait sa porte d’entrée personnelle !

Tu me suis, Jean-Michel ?

Au centre du petit village, en tout cas, tel que Papi me l’a décrit,  il y a une place dite publique, une toute minuscule place où se tient son marché tous les vendredis. Moi je l’appellerais  plutôt un parking. Mais Papi persiste à dire qu’il s’agit bien d’une place publique, exactement pareille à celle de son Bazana natal. A la seule différence qu’ici,  à Neuvy-le Roi donc, tout est goudronné et propret. Et au lieu de charrettes, c’est des voitures toutes neuves (c’est Papi qui parle !) brillantes, sans aucune ombre de poussière ! Sagement rangées comme dans des dans alvéoles.

Des champs verts épandus à perte de vue entourent le village,  tout comme Bazana.

Des bosquets, touffus, isolés, et peut-être sacrés ! Des fleurs à profusion…

Plus chouette, d’après Papi, c’est cette petite bibliothèque  debout sur la place publique ! Elle ressemble à un pied de maïs avec son épi attaché au dos, rempli de graines de livres que n’importe quel oiseau peut picorer librement.

Tout autour de la place publique, pas un maquis où on peut se souler jusqu’à la goule et rentrer chez soi en titubant et en maudissant le ciel d’avoir mal fait le monde,  mais un petit bar-restaurant convivial, tout à la dimension du village. De l’autre côté, une superette presque familiale, elle aussi, qui sert de lieu de rencontres et de causettes. Papi y faisait ses courses.

De l’autre côté encore, ouest,  un salon de coiffure où Papi n’est jamais entré, faute de cheveux ! Un cabinet médical où il s’est rendu une seule fois, au début de ses soucis de fantôme se trouve au sud de la place publique.

2 Rue de la Fourbisserie ! Tu me suis, Jean-Michel ?

 Une grande cour rectangulaire, des herbes folles et des feuilles mortes jonchent le sol.  Un saule centenaire et un vieux platane dont les branches frôlent presque la fenêtre de la chambre de Papi forment le décor de la cour de l’appartement de Papi. Il y a bien d’autres choses, mais c’est là les plus intéressants.

 L’appartement de Papi donc !  C’est un ancien  presbytère dont le prolongement, à l’est, sert de centre aéré. Un terrain de sport, à l’autre côté, gazonné, où quelques enfants et leurs moniteurs viennent souvent jouer au foot.

Entre l’ancien presbytère et l’église multiséculaire, un espace bétonné sert de parking aux automobilistes.  En fait, il s’agit d’un ancien que les vivants avaient fini par squatter !!

C’était donc là, dans cette maison, que  Papi  habitait depuis deux mois.  Et tout y allait très bien jusqu’à cette nuit…- Comment on dit d’ailleurs ?-  fatidique, ou plutôt fatigante.

 A trois heures du matin, cette nuit-là, Papi a fermé son ordinateur pour regagner son lit et dormir d’un sommeil tranquille, bien mérité. Demain était un autre jour, demain, un autre chapitre de « La cité des reliques », la bête qu’il maîtrisait de mieux en mieux.  Il en était d’ailleurs  si heureux qu’il avait déjà commencé à savourer sa victoire prochaine.

Mais voilà que cette nuit-là,  comme les précédentes, et cela depuis une semaine ou deux, Papi n’arrive pas à dormir. Il se tourne et se retourne  dans son lit. Il se lève brusquement et se met à courir dans les escaliers. Que se passe-t-il ? Mais que se passe-t-il donc ? Un fantôme, un vilain petit fantôme qui hante les nuits de Papi. Il souffle dans les tuyauteries, il murmure  dans l’armoire, tire les tiroirs, tape sur les casseroles de la cuisine, sifflote dans les toilettes !

Et même que des fois, aussitôt que Papi réussit à fermer les yeux, ce vilain petit fantôme au regard glauque, au souffle brûlant, il vient se pencher sur lui pour susurrer : « Homme, je te tiens ! »  Et disparait aussitôt. Papi se lève en sursaut, allume les lumières, dévale les escaliers, descend dans le salon,  dans la cuisine.  Des fois même, il sort dans la cour de la grande maison, qu’il fouille de fond en comble, en bombe le torse, en chantant les chansons guerrières de ses ancêtres Bambara. Il braque sa torche dans les branches du vieux saule, du platane solitaire. Toujours rien ! Rien à faire. Pourtant, chaque fois qu’il retourne dans son lit,  se couche et ferme les yeux, une voix, la même depuis une semaine : « Homme, je te tiens ! »

Il finit par mettre par mettre son ordinateur en veille, laisser toutes les lumières allumées, se disant que les fantômes n’aiment pas la lumière. Il prononce quelques formules anti-fantôme enfouies dans les méandres de sa mémoire fatiguée et se couche. Sept heures déjà ! Avec la lumière du jour, il aura un peu de répit.  Il garde quand même les yeux ouverts, somnole un peu.

Soudain, retentit la sonnerie du téléphone. Elle vient du portable que je lui avais donné pour mon cousin au Mali. Pourtant, Papi avait bien éteint l’appareil. Moi-même, j’en avais enlevé ma puce, ma carte SIM.

Papi attrape l’appareil en tremblant comme une feuille. Il pense que le fantôme l’appelle enfin. Il dit Allô ! Allô ! Aucune réponse.

Il s’assure que l’appareil est bien éteint. Il le remet à sa place et prend son propre téléphone qu’il dépose sur son oreille, attendant l’appel du fantôme.

Mais c’est encore le téléphone éteint et sans carte SIM qui se remit à sonner ! Papi s’empare de l’appareil en tremblant encore plus fort. Mais avant de décrocher, cette fois, il veut lire le nom du…fantôme, ou au moins son numéro. Il lit « ALARME ! »

J’avais oublié d’enlever l’alarme de mon téléphone avant de le donner à Papi.

Ousmane Diarra