Les coups de coeur

L’ordre du jour  d’Eric Vuillard, Actes Sud, mai 2017

Eric Vuillard nous donne une leçon d’histoire implacable, un livre comme une gifle séche. « L’ordre du jour » aurait pu porter un autre titre comme: « Petits et grands arrangements avec le nazisme »

Tout commence dans le froid du 20 février 1933, à Berlin. Bien au chaud dans leurs pardessus, 24 financiers et industriels allemands sont réunis au palais du Reichstag par le président de l’Assemblée, Hermann Goering. Hitler passe en coup de vent. Gustav Krupp, Carl von Siemens, Wilhem von Opel et consorts acceptent de bon coeur de renflouer le parti nazi à coups de milliers de marks.

En 1937, Lord Halifax, le président britannique du Conseil se rend à l’invitation d’un Goering délirant et alors que les nazis ont perdu toute retenue, il ne voit rien.

Hitler n’en peut plus d’attendre l’annexion de l’Autriche. Le 11 mars 1938, dans un sursaut, après bien des compromissions, le chancelier autrichien Schuschnigg donne sa démission. Les troupes allemandes entrent en Autriche. Par une dérision pathétique, les chars de la Werhmacht bouchonnent à la frontière. Les Autrichiens attendent pourtant l’arrivée des nazis dans une allégresse indécente alors que l’on martyrise les Juifs dans les rues.

Le 29 septembre 1938, Daladier et Chamberlain rencontrent Hitler et Mussolini. Churchill dira: « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Les hommes de « l’ordre du jour » sont lâches, ridicules et plein de morgue.

En 1945 pour les industriels de février 33, la guerre a été « rentable » . Tous ont loué des déportés à Buchenwald, Ravensbruck, Sachsenhausen, Mathausen, Dachau, etc qui mouraient au bout d’un mois ou d’un an au plus.

Basf, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken qui fabriquent nos objets du quotidien sont leurs descendants. L’histoire est chaotique et effroyable, il faut la dire pourtant.

Madeleine Fargues