Les Coups de coeur du Comité de lecture

Une amie de la famille de Jean Marie Laclavetine – Ed. Gallimard

Lu par Michèle Plisson

 

Est devenue une « amie de la famille »,  dans la bouche du petit frère, dérouté quand on lui demande un jour qui figure sur la photo du salon et dont on n’évoque jamais l’identité, la jeune femme qui n’est autre qu’Annie, sa sœur aînée, morte à vingt ans, emportée par une vague à Biarritz.

Jamais plus on ne prononce son nom dans la famille du narrateur, qui a quinze ans lors de l’événement, on ne parlera plus d’elle pendant cinquante ans, tant le traumatisme est grand et a donné lieu à un secret, un secret de famille.

La vague, c’est justement ce que représente le tableau accroché dans la chambre des parents…

Jean Marie Laclavetine entreprend ce récit, tente de reconstituer les faits et surtout de « rencontrer sa sœur » à travers les témoignages, les lettres, les photos recueillis auprès de ceux qui l’aimaient : sa meilleure amie, son amoureux qui était avec elle dans la vague, et qui a survécu, ses frères, sa fille aussi qui écrivit une lettre à cette tante inconnue.

Nous découvrons  une jeune fille dont le tempérament, la liberté d’esprit et d’action étonnent, une jeune fille des années 68 dans une famille française, une jeune fille comme Annie Ernaux un peu plus tôt en est une, une jeune fille qui a du courage.

Le récit se fait au fur et à mesure des recherches de l’auteur, ce n’est pas un journal, c’est à travers l’écriture, une avancée dont nous suivons la progression, une avancée vers la sérénité, jusqu’au jour, jour pour jour cinquante ans se sont écoulés, de rendez-vous avec le passé, à Biarritz, en famille et avec l’homme qu’elle a aimé.

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Régis JAUFFRET – Microfictions 2018 - Gallimard

Lu par Michèle Perbet

 

Si vous êtes déçu par la vie, déprimé, désenchanté de votre entourage, aussi mou qu’un escargot malade et si vous n’avez plus goût à rien, alors ne lisez surtout pas ce livre, il vous précipiterait au fond du gouffre.

En revanche, si vous reconnaissez une quelconque utilité aux bienfaits de l’homéopathie, dont le principe est de soigner le mal par le mal, alors lisez-le, lisez ces cinq cents nouvelles d’une demi-page chacune et le désespoir fataliste de l’auteur vous requinquera peut-être en découvrant toutes ces vies atrocement ennuyeuses dont la seule échappatoire est d’en finir brutalement soit par une autosuppression, soit par la suppression de ceux qui mangent votre espace, rongent votre emploi du temps et font de votre quotidien un enfer.

Ce mari ou cette épouse, avec qui vous avez fait des enfants, ces enfants qui vous pompent l’air et vous coincent dans la voie sans issue d’un travail sans intérêt,  souvent peu lucratif, pour les élever et leur donner une situation, sachant pertinemment que nécessairement ils vous décevront et que vous irez jusqu’à les haïr. Peut-être aurez vous la sensation après avoir dévoré ce livre que finalement, vous ne vous êtes pas si mal débrouillé, que le soleil brille et, tiens, pourquoi ne pas faire une petite balade avec le chien ?

On songe un peu à Ferdinand Céline, il avait la rage, Régis Jauffret l’a mais, c’est une rage teintée de fatalisme mollasson, ordinaire, contre un ennemi non identifié ou si peu, une rage de canapé menant au crime comme seule  solution évidente pour sortir du marasme. Le sexe, décrit sans artifices, crûment et sans complaisance est souvent un instrument de vengeance.

La plupart des récits sont sinistres à souhait mais on peut rire aux éclats devant l’outrance de certaines situations, si bien qu’à la page 347 on se dit, j’en peux plus j’arrête de lire ce machin et page 645 on est toujours là, des crampes aux mains parce que livre pèse au moins cinq cents grammes. Les titres sont souvent surprenants : Les dessins ne se mouchent pas, Petits moches, Lubrifier le bitume ou Le vent glacé de la ménopause, et contrairement au contenu, ils peuvent être lus sans risque à un malade mental sans provoquer de crise.

Chaque texte étant très court, vous aurez le loisir entre deux nouvelles de partir en vacances pour vous aérer. Bonne lecture !

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A propos de quelques meurtres

et d’une auteure : Estelle Maubrun

 

Une boulangerie, une madeleine, un village qui lui-même ressemble à « une brioche en tranches », nul doute que l’action va se dérouler en Eure et Loir dans le lieu proustien d’Illiers, désormais devenu Illiers-Combray.

Adeline Bertrand-Verdon, la redoutable présidente de la « Proust Association » a été assassinée, ce 18 novembre, dans le bureau de la tante Léonie (Elizabeth, en fait, la tante de Marcel Proust). On est à la veille d’un colloque auquel doivent assister des universitaires et un vicomte, un commissaire aussi, dépêché par sa sœur, alitée, qui prépare sa maîtrise de littérature sur Proust. Il est dans le train qui le conduit à Chartres, direction Illiers. Il y rencontre Gisèle Dambert, la secrétaire de Mme Bertrand-Verdon, justement…

Tout au long de  Meurtre chez tante Léonie, ce premier roman policier,  se diffuse un parfum proustien, comme,  par la suite,  l’univers de Marguerite Yourcenar imprégnera à son tour l’atmosphère de Meurtre à Petite-Plaisance. Nous y serons dans l’île, dans la maison même de l’auteure. Dans ses quatre romans policiers Estelle Maubrun s’amuse beaucoup à établir une connivence avec son lecteur, proustien ou non. On a plaisir à retrouver d’ un roman à l’autre, les protagonistes, Gisèle, et Jean-Pierre Foucheroux, le commissaire.

Les «  ingrédients » sont multiples, le suspense bien sûr,  au cours de l’enquête menée par le commissaire et son assistante, Leila, les liens qui se créent, les idées,  ainsi, des idées féministes , portées par tel personnage. Tel autre, d’apparence plus désuette, en harmonie avec l’ambiance  « anglaise » du roman policier, mais au regard si bleu, ne manque pas  de charme aux yeux de certain commissaire…